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Catherine Crater est lieutenant stagiaire de police à Guingamp. Elle est chargée d’interroger un homme retrouvé nu, hébété, sans doute amnésique, sur une plage bretonne. Au cours de ce très long monologue, elle va passer de l’autorité policière à la confidence féminine, au point de nouer avec cet homme silencieux un lien étrange de confiance et de douleur. Une véritable gageure pour les deux comédiens.
" À l’origine de cette pièce, comme pour la presque totalité de mon travail, se trouve un fait divers qui me paraît porteur d’une signification sociologique, philosophique, voire même spirituelle. Il s’agissait ici de l’histoire de celui qu’on a nommé piano man, un homme retrouvé nu sur une plage, en Angleterre, voici quelques années, en apparence totalement amnésique, fortement perturbé au point de rester muet devant ceux qui l’interrogeaient. Lorsqu’on lui remit une feuille de papier, l’homme dessina un piano. Il fut confronté à l’instrument dont il parvint à sortir, sans génie excessif mais avec une maîtrise tout de même peu commune, je ne sais quelle sonate de Beethoven. D’où le surnom de ce personnage, piano man, que l’on finit, je crois, par identifier.
Cette histoire me fascinait comme une sorte de version vraie du héros de la bande dessinée XIII. Il me renvoyait à mon intérêt très ancien pour les disparus, ceux qui abandonnent la réalité pour changer leur vie, recommencer, plus loin, plus avant, différemment.
À cette première source d’inspiration est venue se mêler une préoccupation plus théâtrale : la fabuleuse gageure que peut représenter pour des comédiens un rôle totalement muet mais fatalement expressif face à un rôle verbeux mais sans aucune accroche ni contrepartie. D’où l’envie de construire un texte autour d’une dualité immémoriale, celle de l’homme et de la femme, celle du silence et du verbe, celle de la contrainte et de la liberté. L’interrogatoire de l’homme piano devait être mené par un seul personnage, et ce personnage ne pouvait être qu’une femme. La femme parle, se parle, et l’homme tait, se tait mais sa présence est écrasante.
Très vite, il m’est apparu que le véritable personnage central de l’histoire n’étais pas l’homme piano mais Katherine, celle qui parle, dans le vide, à personne, donc à tout le monde. Et que l’intérêt dans mon travail de recherche n’était pas tellement le passé de l’homme piano mais le passé de Katherine : pourquoi donc est-elle là ? quel est son intérêt ? que cherche-t-elle à prouver ? à vivre ?
Et enfin est née l’idée du téléphone : la seule trace du monde extérieur existe dans ces appels téléphoniques. Au supérieur qui se trouve être en même temps la présence de l’homme d’avant, de l’ex, du mâle qui est le mal. À sa fille qui se trouve être le double en négatif de Katherine, celle qu’elle se refuse de voir en elle, complice et victime.
Deux personnages s’opposent et se parlent. Restait à résoudre le problème du dénouement. Il me fallait quelque chose de suffisamment brusque pour que le thème se dénoue de lui même mais de suffisamment ambigu pour créer un réseau de significations multiples. On ne saura jamais pourquoi Katherine prend cette décision finale, et c’est tant mieux si elle peut désormais garder sa part de mystère en empiétant sur le mystère de l’autre : la femme s’impose à l’homme en décidant pour lui. Une façon comme une autre de dire l’amour, et d’en rester le maître. "
Alain Girodet
Alain Girodet | Les leçons des Ténèbres
© Editions Durand-Peyroles 2009 Tous droits réservés – Mentions légales | Conditions générales de vente
Alain GIRODET
Le silence odieux des pianos qui se noient
Pièce en 3 journées
1 femme / 1 homme
Durée approximative : 1 heure
ISBN 978-2-915723-05-2
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