Ce que j'aurais voulu savoir avant de lancer mon premier emailing

J'ai lancé ma première campagne email en 2013. Sans liste propre, sans segmentation, sans objectif clair. Résultat : un taux d'ouverture de 4%, deux désabonnements en colère, et l'impression d'avoir envoyé un courrier dans le vide. C'est en revenant sur les principes de l'email marketing que j'ai compris où j'avais raté.

L'email marketing, sur le papier, ça semble simple. Vous avez des contacts, vous leur envoyez un message, vous attendez. Sauf que ça ne fonctionne pas comme ça. Une stratégie email qui génère vraiment des résultats, ça se construit, ça s'itère, ça se mesure. Et ça prend du temps à mettre en place, surtout quand on gère une PME avec peu de ressources.

Voici ce que j'ai appris après 11 ans à tâtonner, optimiser, parfois rater, parfois bien réussir.

Poser les bases avant d'envoyer quoi que ce soit

Beaucoup de dirigeants commencent par choisir leur outil. C'est une erreur. L'outil vient en dernier. Ce qu'il faut clarifier d'abord : pourquoi vous envoyez des emails, à qui, et avec quelle fréquence.

Prenez le temps de répondre à trois questions concrètes :

  • Quel est l'objectif de cette campagne ? (vente, fidélisation, information)
  • Qui va recevoir ce message ?
  • Qu'est-ce que vous voulez que le lecteur fasse après avoir lu ?

Sans réponse claire à ces trois points, vous écrivez pour vous. Pas pour votre contact.

J'ai un client dans la distribution industrielle. Il envoyait une newsletter mensuelle "générale" à toute sa base. 2 200 contacts, même message pour tout le monde. Taux d'ouverture : 8%. On a pris une journée pour clarifier les objectifs, séparer les cibles, retravailler l'objet et le contenu. Taux d'ouverture : 27% dès la campagne suivante. Rien de magique. Juste de la méthode.

La qualité de votre base de contacts, c'est tout

Une liste de 500 contacts engagés bat une liste de 5 000 contacts froids. Toujours.

Je sais, c'est frustrant à entendre quand on a travaillé dur pour constituer une base volumineuse. Mais un taux de rebond élevé, des signalements en spam, des taux d'ouverture dans les chaussettes : tout ça abîme votre réputation d'expéditeur. Et une mauvaise réputation d'expéditeur, ça veut dire que vos emails arrivent directement en spam, même chez des contacts qui auraient voulu les lire.

Nettoyez régulièrement. Supprimez les inactifs. Réactivez ceux qui ne vous lisent plus depuis 6 mois avec une campagne dédiée. Et si personne ne réagit, décochez-les. C'est contre-intuitif, mais ça fonctionne.

Segmenter sa base de contacts : ce n'est pas optionnel

C'est probablement le point où j'ai le plus progressé ces dernières années. Segmenter sa base de contacts, ça ne veut pas dire créer 40 sous-listes impossibles à maintenir. Ça veut dire envoyer le bon message à la bonne personne.

Quelques segmentations simples qui changent vraiment les résultats :

  • Par comportement d'achat : clients actifs, anciens clients, prospects
  • Par secteur d'activité ou taille d'entreprise (si vous êtes en B2B)
  • Par niveau d'engagement avec vos emails précédents
  • Par zone géographique si vous faites des événements locaux

Concrètement, chez nous, on a séparé nos contacts en trois groupes : ceux qui ont acheté dans les 90 derniers jours, ceux qui n'ont pas acheté depuis plus d'un an, et les prospects purs. On leur envoie des messages complètement différents. Le groupe "clients actifs" reçoit des informations sur les nouveautés et les offres fidélité. Les "anciens clients" reçoivent une campagne de réactivation avec une offre spécifique. Les prospects, eux, reçoivent du contenu éducatif pour créer la confiance.

Ce n'est pas plus long à faire une fois que c'est mis en place. Et les résultats ne sont pas comparables.

Un tableau pour visualiser les segments et les messages associés

Segment Profil Type de contenu Fréquence recommandée
Clients actifs Achat dans les 90 jours Nouveautés, fidélité, upsell 2 à 3 fois/mois
Clients dormants Pas d'achat depuis 6 à 12 mois Réactivation, offre spéciale 1 fois/mois max
Prospects Jamais achetés Contenu éducatif, cas clients 1 à 2 fois/mois
Inactifs Pas d'ouverture depuis 6 mois Campagne de réactivation ou suppression 1 tentative, puis nettoyage

Piloter une campagne emailing : les indicateurs qui comptent vraiment

On me demande souvent quels chiffres regarder. Il y en a tellement dans les dashboards des outils que c'est facile de se perdre. Voici ceux sur lesquels je me concentre quand je dois piloter une campagne emailing pour évaluer ce qui fonctionne.

Le taux d'ouverture, d'abord. Bon indicateur de la qualité de votre objet et de votre réputation d'expéditeur. En B2B, un taux autour de 20-30% est correct. En dessous de 15%, il y a un problème.

Le taux de clic, ensuite. C'est lui qui mesure si votre contenu est pertinent. Un email ouvert mais pas cliqué, ça veut dire que le message n'a pas convaincu. Visez au moins 2-3% de taux de clic sur vos campagnes promotionnelles.

Le taux de désinscription. Bon, par contre, là j'ai un vrai reproche à faire à certains outils : ils enfouissent cet indicateur. Pourtant c'est un signal direct. Si vous dépassez 0,5% de désinscriptions sur une campagne, votre message ou votre fréquence pose problème.

Et le taux de conversion, évidemment. Combien de personnes ont cliqué ET ont fait ce que vous vouliez : acheter, demander un devis, s'inscrire à un événement. C'est lui qui valide vraiment si la campagne a atteint son objectif.

L'A/B testing : pas aussi compliqué qu'il n'y paraît

J'entends souvent "l'A/B testing c'est pour les grandes entreprises". Non. C'est pour tous ceux qui veulent progresser.

Le principe : vous envoyez deux versions légèrement différentes à une petite partie de votre liste. La version qui performe mieux est envoyée au reste. C'est disponible sur la quasi-totalité des outils, même les moins chers.

Ce que je teste systématiquement :

  • L'objet du mail (c'est là où l'impact est le plus fort)
  • L'heure d'envoi
  • Le call-to-action principal

Un exemple concret : pour une campagne de rentrée, j'avais testé deux objets. L'un : "Vos outils pour la rentrée 2024". L'autre : "On a préparé quelque chose pour vous en septembre". Le deuxième a fait 34% d'ouvertures contre 19% pour le premier. Je ne m'attendais pas à ça. Mais c'est le test qui m'a appris ça, pas mon intuition.

Choisir les bons outils sans se ruiner

Je gère une entreprise avec un budget serré. J'ai testé beaucoup d'outils ces dernières années. Brevo (ex-Sendinblue), Mailchimp, ActiveCampaign, Mailjet, entre autres. Chacun a ses forces et ses limites.

Si vous cherchez à comparer les options disponibles sur le marché, je vous recommande de consulter le top 10 des logiciels d'emailing pour avoir une vision claire des prix et des fonctionnalités selon la taille de votre structure.

Ce que j'ai retenu de mes essais :

  • Brevo est très bien pour démarrer, plan gratuit généreux, interface en français, mais l'automatisation avancée devient vite payante
  • Mailchimp reste intuitif mais les prix ont beaucoup augmenté ces deux dernières années, et ça commence à piquer pour une PME
  • ActiveCampaign est puissant pour l'automatisation et les workflows complexes, mais il faut du temps pour le maîtriser, et je déconseille si votre équipe n'est pas à l'aise avec ce type d'outil

Mon conseil simple : commencez avec un outil à moins de 30€/mois si vous avez moins de 2 000 contacts. Montez en gamme uniquement quand vous avez prouvé que l'email vous rapporte quelque chose.

Automatiser sans perdre le côté humain

L'automatisation, c'est là où vous récupérez vraiment du temps. Pas besoin d'être développeur pour mettre en place des séquences utiles.

Quelques automatisations que j'ai mises en place et qui tournent seules depuis des mois :

  • Un email de bienvenue envoyé automatiquement quand quelqu'un s'inscrit à ma newsletter (avec un contenu utile, pas juste "bienvenue !")
  • Une séquence de 3 emails pour les prospects qui téléchargent un document sur notre site
  • Un rappel automatique pour les clients dont le contrat approche de la date de renouvellement

Ces trois séquences m'ont pris une journée à construire. Depuis, elles tournent. Ça m'a fait gagner du temps, clairement. Et les retours clients sont meilleurs parce que le message arrive au bon moment.

Attention quand même : une automatisation mal réglée peut agacer. J'ai reçu un jour un email de relance d'un fournisseur... alors que je venais de signer avec eux la semaine d'avant. Ça fait mauvais effet. Vérifiez vos exclusions et vos conditions de déclenchement avant de lancer.

FAQ : vos questions sur la stratégie email marketing

Quelle fréquence d'envoi est recommandée ?

Il n'y a pas de règle universelle. Ce que j'ai observé : en B2B, une à deux fois par mois suffit pour rester présent sans agacer. En B2C, on peut monter à une fois par semaine si le contenu est vraiment utile. Au-delà, les désinscriptions augmentent vite. Testez et regardez votre taux de désabonnement.

Est-ce qu'on doit obligatoirement avoir une liste "opt-in" ?

Oui. C'est la loi (RGPD), et c'est aussi une question de bon sens. Un contact qui a choisi de vous entendre vous lira. Un contact ajouté sans son accord vous enverra en spam. Construisez votre liste lentement et proprement, vous ne le regretterez pas.

Quel est le meilleur moment pour envoyer un email ?

En B2B, le mardi et le jeudi matin (entre 9h et 11h) fonctionnent bien en général. Mais ça dépend vraiment de votre audience. Testez des horaires différents sur vos premières campagnes et regardez les taux d'ouverture. Votre outil d'emailing peut souvent vous suggérer l'heure optimale en fonction des comportements passés.

Combien de temps faut-il pour voir des résultats ?

Soyons honnêtes : les premières campagnes servent surtout à apprendre. Des résultats significatifs, j'en ai vu apparaître après 3 à 4 mois de campagnes régulières et itérées. Certains ont de la chance plus tôt. Mais prévoyez un trimestre avant de juger si ça fonctionne ou non.

Est-ce qu'on peut tout faire soi-même sans agence ?

Oui, complètement. J'ai tout fait moi-même pendant des années. Les outils modernes sont accessibles, les templates sont là, et les ressources en ligne sont nombreuses. Il faut juste accepter de tâtonner au début. Ce qui prend le plus de temps, c'est de bien rédiger et de bien segmenter. L'outil en lui-même, ça s'apprend vite.

Comment réduire les coûts liés à l'email marketing ?

Nettoyez régulièrement votre liste. La plupart des outils facturent au nombre de contacts. Si vous avez 800 inactifs dans votre base, vous payez pour rien. J'ai divisé ma facture mensuelle par deux simplement en supprimant les contacts qui n'avaient pas ouvert un seul email en 12 mois. Moins de contacts inutiles, moins de coûts, meilleurs indicateurs. Tout le monde y gagne.